20/11/2009
Oh, la main !


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Recherche universelle et/mais illusoire ?

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L'humeur de la semaine
Si l'on est savant, on ne philosophe pas ; les ignorants non plus ne philosophent pas et ne désirent pas devenir savants ; car l'ignorance a précisément ceci de fâcheux que n'ayant ni beauté ni bonté ni science, on s'en croit suffisamment pourvu. Or, quand on ne croit pas manquer d'une chose, on ne la désire pas.
Platon, Banquet
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La nouvelle du gouvernement ...

Ouverture du débat sur l'identité nationale. Qu'en pensez-vous ?
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14/10/2009
Seul au monde ?
« Tous ceux qui m’ont connu me croient mort, tous sans exception. Ma propre conviction que j’existe a contre elle l’humanité. Quoi que je fasse, je n’empêcherai pas que, dans l’esprit de la totalité des hommes, il y a l’image du cadavre de Robinson. Cela suffit —non pas certes à me tuer— mais à me repousser aux confins de la vie, dans un lieu suspendu entre ciel et enfers, dans les limbes en somme... »
« La vie suivait son cours, mais Robinson éprouvait de plus en plus le besoin de mieux organiser son emploi du temps. Il avait peur de retomber dans la souille, et peut-être de devenir comme une bête. C'est très difficile de rester un homme quand personne n'est là pour vous y aider! [...]
Robinson n'avait jamais été coquet et il n'aimait pas particulièrement se regarder dans les glaces. Pourtant cela ne lui était pas arrivé depuis si longtemps qu'il fut tout surpris un jour en sortant un miroir des coffres de La Virginie de revoir son propre visage. En somme il n'avait pas tellement changé, si ce n'est peut-être que sa barbe avait allongé et que de nombreuses rides nouvelles sillonnaient son visage. Ce qui l'inquiétait tout de même, c'était l'air sérieux qu'il avait, une sorte de tristesse qui ne le quittait jamais. Il essaya de sourire. Là, il éprouva comme un choc en s'apercevant qu'il n'y arrivait pas. Il avait beau se forcer, essayer à tout prix de plisser ses yeux et de relever les bords de sa bouche, impossible, il ne savait plus sourire. Il avait l'impression maintenant d'avoir une figure en bois, un masque immobile, figé dans une expression maussade. A force de réfléchir, il finit par comprendre ce qui lui arrivait. C'était parce qu'il était seul. Depuis trop longtemps il n'avait personne à qui sourire, et il ne savait plus; quand il voulait sourire, ses muscles ne lui obéissaient pas. Et il continuait à se regarder d'un air dur et sévère dans la glace, et son cœur se serrait de tristesse. Ainsi, il avait tout ce qu'il lui fallait sur cette île, de quoi boire et manger, une maison, un lit pour dormir, mais pour sourire, personne, et son visage en était comme glacé. »
Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique18:51 | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13/10/2009
La recherche de la plénitude perdue ?
Une pénible méditation, Jupiter donc enfin son avis: " Je crois qu'il y a un moyen pour qu'il reste des hommes et que pourtant, devenus moins forts, ceux-ci soient délivrés de leur démesure; je m'en vais couper chacun en deux, ils deviendront plus faibles, et, du même coup, leur nombre étant grossi, ils nous seront plus utiles; deux membres leur suffiront pour marcher; et s'ils nous semblent récidiver dans l'impudence, je les couperai encore en deux, de telle sorte qu'il leur faudra avancer à cloche-pied. " Sitôt dit, sitôt fait : Zeus coupa les hommes en deux, comme on coupe la comme pour la faire sécher, ou l'oeuf dur avec un cheveu. Chacun ainsi divisé, il prescrivit à Apollon de lui tourner le visage, et sa moitié de cou du côté de la coupure, afin qu'à se bien voir ainsi coupé, I'homme prît le sens de la mesure; pour le reste qu'il le guérît ! Apollon donc retourna le visage, et tira de partout sur cc qu'on appelle maintenant le ventre, serra comme sur le cordon d'une bourse autour de l'unique ouverture qui restait, et ce fut ce qui est maintenant appelé le nombril. Quant aux plis que cela faisait, il les effaça pour la plupart, il modela la poitrine, avec un outil assez semblable à celui dont usent les cordonniers pour aplanir les cuirs sur la forme; mais il laissa quelques plis, sur le ventre, autour du nombril, destinés à lui rappeler ce qu'il avait subi à l'origine. Une fois accomplie cette division de la nature primitive, voilà que chaque moitié, désirant l'autre, allait à elle; et les couples, tendant les bras, s'agrippant dans le désir de se réunir, mouraient de faim et aussi de paresse, car ils ne voulaient rien faire dans l'état de séparation. Lorsqu'une moitié périssait, la seconde, abandonnée, en recherchait une autre à qui s'agripper, soit qu'elle fût une moitié de femme complète - ce que nous appelons femme aujourd'hui -, soit la moitié d'un homme, et la race s'éteignait ainsi. Pris de pitié, Zeus imagine alors un moyen : il déplace leurs sexes et les met par devant - jusque-là ils les avaient par derrière, engendrant et se reproduisant non les uns grâce aux autres, mais dans la terre comme font les cigales. Il réalisa donc ce déplacement vers l'avant, qui leur permit de se reproduire centre ceux, par pénétration du mâle dans la femelle, et voici pourquoi : si, dans l'accouplement, un mâle rencontrait une femelle, cette union féconde propagerait la race des hommes; si un mâle rencontrait un mâle, ils en auraient bien vite assez, et pendant les pauses, ils s'orienteraient vers le travail et la recherche des moyens de subsister. De fait, c'est depuis lors, que l'amour mutuel est inné aux hommes, qu'il réassemble leur nature primitive, s'attache à restituer l'un à partir du deux, et à la guérir, cette nature humaine blessée. Chacun de nous est donc comme un signe de reconnaissance, la moitié d'une pièce, puisqu'on nous a découpés comme les soles en deux parts; et chacun va cherchant l'autre moitié de sa pièce : tous ceux, alors, parmi les hommes, qui proviennent de l'espèce totale, de ce que l'on appelait l'androgyne, aimant les femmes; la plupart des hommes adultères ont même origine, ainsi que les femmes qui aimant les hommes et celles qui trompent leurs maris. Pour les femmes qui sont issues de la division d'une femme primitive, elles ne prêtent pas spontanément attention aux hommes, se tournent plu tôt vers les autres femmes, et ce sont nos tribades. Enfin, tous ceux qui proviennent de la division d'un pur mâle, ceux-là chassent le mâle; tant qu'ils sont enfants, en vraies petites tranches de mâle, ils recherchent les adultes, aiment à coucher avec eux et se faire embrasser, et ce sont les meilleurs, entre les garçons et les jeunes gens, parce que les plus proches du courage viril; on a tort de les dire impudiques; ce n'est pas l'impudeur qui les meut mais la hardiesse, le courage, la crânerie virile, dans la recherche de ce qui leur ressemble; et en voici une bonne preuve : au terme de leur développement, ils sont les seuls à s'occuper de politique; à l'âge viril, ils aiment les garçons, et s'ils songent à se marier, à faire des enfants, ce n'est pas spontanément, mais sous la contrainte de l'usage; leurs goûts les portent plutôt à vivre entre eux, et sans mariage, de toute nécessité, un homme de cette cspèce doit aimer les garçons et rechercher l'amour, en s'attachant à cc qui a même origine que lui.
Ainsi lorsque les amants - amoureux des garçons, ou dans tout autre amour - ont rencontré justement la moitié qui est la leur, c'est miracle comme ils sont empoignés par la tendresse, le sentiment de parenté, et l'amour; ils ne consentent plus à se diviser l'un de l'autre, pour ainsi dire, même un instant. Et tels sont bien ceux qui demeurent ensemble jusqu'au terme de leur vie, et qui ils pourraient même pas définir ce qu'ils attendent l'un de l'autre ! Il est invraisemblable que la jouissance physique explique leur si vif désir d'être ensemble : leurs âmes, de toute évidence, désirent autre chose, qu'ils ne peuvent pas dire, mais qu'ils pressentent et insinuent. Si Héphaistos, lorsqu'ils se tiennent ensemble, leur apparaissait, tenant ses outils et leur disait: "hommes ! que cherchez-vous à devenir en vous unissant ainsi? " ... et si, devant leur embarras il leur demandait, de nouveau: " n'est-ce pas là votre désir, de vous assimiler l'un à l'autre autant que possible, et de ne vous quitter ni la nuit ni le jour ? Si c'est bien cc que vous voulez, je veux bien, moi, vous fondre ensemble, vous river l'un à l'autre, et des deux que vous êtes faire un seul : ainsi tant que vous vivrez, ce sera comme un seul être d'une commune vie, et lorsque vous mourrez, même là-bas, chez Hadès, vous ne serez pas deux morts, mais une ombre unique. Réflechissez, si c'est là votre amour et si cet avenir vous comble... " Alors nous savons bien qu'en réponse aucun amant ne dirait non, ni ne manifesterait d'autre désir.
Platon, Le banquet
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15/09/2009
La vie : un cauchemar ?
ta propre vie psychique qui s'est dérobée à ta connaissance
et à la domination de ta volonté... La responsabilité,
je dois le dire, t'en incombe entièrement.
Freud, Une difficulté de la psychanalyse
Trad. B. Féron
De l'autre côté du miroir (1871), trad. A. Bay, Marabout, p. 217-218
Chacun d'eux prit une des mains d'Alice et ils la conduisirent à l'endroit où le Roi dormait.
" Est-ce qu'il n'offre pas un joli spectacle ? ", dit Tweedledum.
Alice, honnêtement, ne pouvait répondre " oui ". Il était coiffé d'un grand bonnet de nuit rouge orné d'un gland et, tassé comme une sorte de paquet malpropre, il ronflait bruyamment : " à s'en faire sauter la tête ", remarqua Tweedlebum.
" Il va attraper un rhume à rester comme ça, dans l'herbe humide, dit Alice, qui était une petite fille très raisonnable.
- Il rêve, en ce moment, dit Tweedledee, et à quoi pensez-vous qu'il rêve ?
- Personne ne peut savoir ça, dit Alice.
- Et bien ! il rêve à vous ! s'exclama Tweedledee, battant triomphalement des mains. Et s'il cessait de rêver à vous, où croyez-vous que vous seriez?
- Là où je suis en ce moment, bien sûr, dit Alice.
- Non ! répliqua Tweedledee avec dédain. Vous ne seriez nulle part, car vous n'êtes rien qu'une espèce de chose dans son rêve.
- Si ce Roi s'éveillait, ajouta Tweedledum, vous vous éteindriez - puff ! - comme une chandelle !
- Jamais ! s'écria Alice avec indignation. D'ailleurs, si je ne suis qu'une espèce de chose dans son rêve, vous, qu'est-ce que vous êtes, j'aimerais le savoir ?
- Idem, dit Tweedledum.
- Idem, idem " dit Tweedledee.
Il hurlait si fort qu'Alice ne put s'empêcher de lui dire :
" Chut ! vous allez le réveiller, si vous faites tant de bruit.
- Mais, dit Tweedledum, cela ne sert à rien que vous parliez de le réveiller, puisque vous n'êtes rien qu'une chose de son rêve. Vous savez très bien que vous n'êtes pas réelle.
- Je suis réelle ! " protesta Alice. Et elle se mit à pleurer.
- Vous ne serez pas plus réelle parce que vous pleurerez, remarqua Tweedledee, il n'y a pas de raison de pleurer.
- Si je n'étais pas réelle, dit Alice, riant à moitié à travers ses larmes (tout cela semblait si ridicule), je ne pourrais pas pleurer.
- Vous ne supposez tout de même pas que ce sont de vraies larmes ?" interrompit Tweedledum d'un ton méprisant.
"Je sais qu'ils disent des absurdités, pensa Alice, et je suis bien sotte d'en pleurer. "
De l'autre côté du miroir (1871), trad. A. Bay, Marabout, p. 217-218
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19/08/2009
Qu'est-ce que la philosophie ?
La philosophie n'est vraiment qu'une occupation pour l'adulte, il n'est pas étonnant que des difficultés se présentent lorsque l'on veut la conformer à l'aptitude moins exercée de la jeunesse. L'étudiant qui sort de l'enseignement scolaire était habitué à apprendre. Il pense maintenant qu'il va apprendre la Philosophie, ce qui est impossible car il doit apprendre à philosopher. Je vais m'expliquer plus clairement : toutes les sciences qu'on peut apprendre au sens propre peuvent être ramenées à deux genres : les sciences historiques et les sciences mathématiques. Aux premières appartiennent, en dehors de l'histoire proprement dite, la description de la nature, la philologie, le droit positif, etc. Or dans tout ce qui est historique l'expérience personnelle ou le témoignage étranger, - et dans ce qui mathématique, l'évidence des concepts et la nécessité de la démonstration, constituent quelque chose de donné en fait et qui par conséquent est une possession et n'a pour ainsi dire qu'à être assimilé: il est donc possible dans l'un et l'autre cas d'apprendre, c'est à dire soit d'imprimer dans sa mémoire, soit dans l'entendement, ce qui peut nous être exposé comme une discipline déjà achevée. Ainsi pour pouvoir apprendre aussi la philosophie, il faudrait qu'il en exista réellement une. On devrait pouvoir présenter un livre et dire : « Voyez, voici de la science et des connaissances assurées ; apprenez à le comprendre et à le retenir, bâtissez ensuite là-dessus et vous serez philosophes » : jusqu'à qu'on me montre un tel livre de Philosophie, sur lequel je puisse m'appuyer à peu près comme sur Polybe pour exposer un événement de l'histoire, ou sur Euclide pour expliquer une proposition de Géométrie, qu'il me soit permis de dire qu'on abuse de la confiance du public lorsque, au lieu d'étendre l'aptitude intellectuelle de la jeunesse qui nous est confiée, et de la former en vue d'une connaissance personnelle future, dans sa maturité, on la dupe avec une Philosophie prétendument déjà achevée, qui a été imaginée pour elle par d'autres, et dont découle une illusion de science, qui ne vaut comme bon argent qu'en un certain lieu et parmi certaines gens, mais est partout ailleurs démonétisée. La méthode spécifique de l'enseignement en Philosophie est zététique, comme la nommaient quelques Anciens, c'est-à-dire qu'elle est une méthode de recherche. Et ce ne peut être que dans une raison déjà exercée qu'elle devient en certains domaines dogmatique, c'est-à-dire dérisoire.
Emmanuel Kant, Annonce du programme des leçons de M. E. Kant durant le semestre d'hiver 1765-1766
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